2010/09/23

Sociétés vieillissantes: coûts et avantages de l’allongement de la durée de vie


Sociétés vieillissantes: coûts et avantages de l’allongement de la durée de vie                            

Le vieillissement de la population, défini comme le processus par lequel la proportion des personnes âgées augmente dans la population totale, est l’un des principaux problèmes de ce siècle. Il affecte ou affectera aussi bien les pays développés que les pays en développement. Il figure à l’ordre du jour de toutes sortes de réunions, des conférences du G8 aux sommets de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Selon un rapport rédigé par l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS) pour une réunion récente, cela ne signifie pas pour autant que toutes les actions nécessaires aient déjà été menées.
La population des pays industrialisés vieillit rapidement et ne distance le monde en développement que de quelques décennies. La proportion des personnes âgées de plus de 65 ans devrait tripler dans les pays les moins développés au cours des quarante prochaines années, passant de 5,8 pour cent à 15 pour cent de la population totale, alors que dans les pays plus industrialisés ce chiffre devrait augmenter de 16 à 26 pour cent (une hausse de plus de 60 pour cent), selon le rapport de l’AISS.1 En d’autres termes, dans les pays développés, une personne sur trois sera alors retraitée.2
Le Japon abrite la population la plus âgée, avec plus de 22 pour cent de sa population âgés de 65 ans et plus. Ce chiffre est de 20 pour cent en Italie et en Allemagne; en Amérique du Sud, l’Uruguay a la population la plus âgée avec près de 14 pour cent de sa population dont l’âge dépasse 64 ans. La situation va se dégrader partout jusqu’en 2050; au Japon, par exemple, il n’y aura plus qu’un enfant de moins de 15 ans pour trois adultes de plus de 64 ans.
Ces chiffres montrent clairement que le processus de vieillissement s’accélère, avec un nombre de personnes âgées qui devrait doubler à l’échelle mondiale.
Le défi pour l’avenir est de «veiller à ce que chacun, où qu’il soit, puisse vieillir dans la dignité et la sécurité et continuer à participer à la vie sociale comme citoyen de plein droit». Dans le même temps, «les droits des personnes âgées ne doivent pas être incompatibles avec ceux des autres classes d’âge et les relations intergénérationnelles doivent être encouragées».
(Nations Unies, «Le vieillissement de la population mondiale 1950-2050», Division de la population)
«Le vieillissement de la population devrait être considéré comme une victoire dans l’histoire de l’humanité, mais il suscite néanmoins des problèmes aux niveaux familial, communautaire et national, affectant leur capacité à prendre soin des anciennes générations. L’augmentation rapide des effectifs de personnes âgées annonce une évolution des besoins personnels. La tendance à une détérioration de la santé par exemple entraîne une hausse de la demande de soins de la part de ces groupes», explique Adriana Scardino, chef du Bureau des études économiques et actuarielles de la Banque d’assurance sociale d’Uruguay et auteur du rapport de l’AISS.
Qui plus est, le fait que l’espérance de vie des femmes soit plus longue que celle des hommes se traduit par une plus forte proportion de femmes dans ces groupes à risque. A l’échelle mondiale, les femmes représentent maintenant 55 pour cent des 60 ans et plus. Au sein du quatrième âge (80 ans et plus), les femmes sont presque deux fois plus nombreuses que les hommes.
Ces femmes ont une grande probabilité d’être veuves, moins éduquées et de travailler moins longtemps; elles ont par conséquent un accès plus limité à la sécurité sociale. Une attention particulière doit être portée à ces faits lorsqu’on prend des décisions en matière de santé, de logement, de services sociaux et de systèmes de retraite.
Confrontée à ces réalités, la viabilité des sociétés à forte espérance de vie va dépendre de la capacité d’adaptation des marchés du travail et de la pérennité des systèmes de protection sociale.
Une main-d’œuvre grisonnante                                                                                             
Le vieillissement a un impact direct sur le marché du travail parce que les progrès de l’espérance de vie touchent chaque comportement individuel quant à la décision de travailler plus longtemps.
«Dans ce contexte, explique Mme Scardino, nous devons nous rappeler que les changements d’emploi influent directement sur la pérennité des systèmes de retraite, à la fois publics et privés. Le marché du travail agit sur les régimes de retraite qui à leur tour affectent les décisions prises par les travailleurs les plus âgés de cesser leur activité ou de se maintenir sur le marché.»
Le rapport numérique entre ceux qui sont en situation d’être économiquement actifs (de 14 à 64 ans) et ceux qui sont dépendants (65 ans et plus) montre clairement l’impact de la pyramide des âges dans une société. Au niveau mondial, la population active ne compte que 7 pour cent d’adultes âgés de 64 ans et plus, un chiffre qui monte à 11 dans les pays les moins développés, mais chute à 4 dans les pays les plus industrialisés. Ces chiffres devraient diminuer environ de moitié dans les pays étudiés d’ici 2050.
Il y a de moins en moins d’actifs susceptibles d’apporter leur soutien et leur protection aux personnes âgées au fil du temps. En Uruguay, il y avait près de 8 personnes âgées de 15 à 64 ans en 1950, le chiffre actuel se situe à 4,8 (un recul de 39 pour cent) et devrait tomber à 2,7 en 2050, soit une chute de plus de 60 pour cent en l’espace d’un siècle.
Les problèmes liés au vieillissement de la population vont de pair avec la croissance économique et le taux d’activité de la population et nous poussent à analyser la nécessité éventuelle de changer de cap pour ce qui est du départ anticipé à la retraite.
«De manière générale, on peut dire sans crainte que les seniors qui choisissent de rester sur le marché du travail et de différer leur départ à la retraite génèrent des revenus supplémentaires qui vont contribuer au financement des retraites. La plupart des jeunes ont probablement pris leur parti du fait qu’ils travailleraient plus longtemps que leurs prédécesseurs. Cependant, il est plus difficile de convaincre les employeurs de conserver les travailleurs âgés dans leurs effectifs et que cela en vaut la peine», explique Mme Scardino.
Les coûts des soins de santé vont-ils échapper à tout contrôle?
Les dépenses publiques de santé absorbent une large part des budgets gouvernementaux. Selon un rapport de l’OCDE33, le groupe des plus de 65 ans représente 40 à 50 pour cent des dépenses de soins médicaux et le coût par tête est trois à cinq fois plus élevé que celui des moins de 65 ans. Il est à craindre que les dépenses publiques n’augmentent avec le vieillissement qui s’accélère dans les pays de l’OCDE.
Le phénomène du vieillissement de la population est directement lié à ce que l’on appelle la «transition sanitaire» qui se déroule partout dans le monde, même si c’est à des rythmes variés et selon des méthodes différentes.
La transition sanitaire, aussi connue sous le nom de «transition épidémiologique», est définie comme une série de changements interdépendants qui incluent une évolution à la baisse du taux de fertilité, une augmentation constante de l’espérance de vie à la naissance et au cours de la vie, et une transition de maladies infectieuses prédominantes vers des maladies non transmissibles et chroniques.
En Uruguay, le chiffre moyen de «l’espérance de vie en bonne santé à la naissance» est de 66 ans. En Italie et au Japon, elle est de plus de 70 ans, respectivement 72,7 et 75 ans. L’accès individuel aux services de santé et aux soins, y compris la prévention des maladies, signifie que la promotion de la santé tout au long de la vie doit se concentrer sur la prévention et le report du déclenchement des maladies et des infirmités, ainsi que sur l’amélioration de la qualité de la vie.
L’accès à l’assistance médicale et des services sociaux adéquats sont une part essentielle de la sécurité sociale et une condition préalable pour vieillir en bonne santé. Etudier comment améliorer les systèmes afin de prévenir certaines maladies liées à l’âge ou d’en améliorer le traitement pourrait à la fois faire progresser le bien-être des personnes âgées et conduire à une utilisation plus rationnelle des ressources.
Les systèmes de retraite sous la pression des réformes
Le vieillissement va affecter les régimes de retraite de deux manières au moins: les bénéficiaires seront plus nombreux et ils recevront des pensions pendant une période beaucoup plus longue qu’actuellement.
Dans de nombreux pays, l’âge légal du départ à la retraite est demeuré le même en dépit des changements démographiques. En outre, de nombreuses personnes partent à la retraite avant d’avoir atteint l’âge officiel pour bénéficier des incitations à la retraite anticipée, ce qui ne fait qu’empirer la situation. Il est probable que d’amener l’âge réel du départ en retraite au plus près de l’âge officiel serait beaucoup mieux accepté que d’abaisser l’âge légal de la retraite.
L’un des plus grands défis sera de garantir un revenu adéquat aux personnes âgées sans créer pour autant une charge excessive pour les catégories plus jeunes. Dans un petit nombre de pays comme le Japon et l’Italie, où il n’y a que 1,5 actif pour chaque inactif, la situation va être très difficile à maîtriser. Les systèmes devront être réformés et les travailleurs devront probablement se maintenir plus longtemps sur le marché du travail.
Historiquement, l’impact du facteur démographique n’a pas été pris en compte, principalement parce qu’à l’origine la plupart des institutions de sécurité sociale n’étaient pas censées couvrir la population tout entière. Le facteur démographique a commencé à devenir évident quand les prestations ont commencé à s’étendre.
Le vieillissement de la population est une question qui suscite actuellement une préoccupation grandissante pour les régimes de sécurité sociale, en particulier ceux qui sont financés par la répartition – qui fonctionnent mieux quand le rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de bénéficiaires du système est relativement stable. Le principal problème auquel nous sommes confrontés, c’est que le nombre de personnes qui atteignent l’âge de la retraite est de plus en plus grand par rapport au nombre d’actifs.
Les régimes de sécurité sociale sont une nécessité économique et sociale, mais la modification de systèmes d’une telle ampleur financière soulève des problèmes de choix politiques et économiques qui ne sont pas faciles à résoudre.
«Le défi va bien au-delà des limites du changement de structure financière, y compris la dichotomie public-privé, et relève davantage d’une redéfinition claire des objectifs et des instruments; dans ce contexte, il peut inclure divers types d’institutions qui se complètent mutuellement afin d’atteindre plus efficacement les objectifs de la sécurité sociale», conclut Adriana Scardino.
1 Adriana Scardino, «Les progrès de l’espérance de vie et la pérennité des systèmes de sécurité sociale», rapport pour la Conférence internationale des actuaires et statisticiens de la sécurité sociale de l’AISS, Ottawa, Canada, 16-18 septembre 2009.
2 L’étude couvre l’Allemagne, l’Argentine, le Chili, les Etats-Unis, l’Italie, le Japon et l’Uruguay.
3 Dang T., Antolin P., Oxley H., Implications budgétaires du vieillissement: projections des dépenses liées à l’âge, document de travail du département Economie de l’OCDE, OCDE, 2001.